Indignez vous ! Enivrez vous !

La mondialisation par le bas est en marche. L’indignation à laquelle l’écrivain français Stéphane Hessel appelle la jeunesse désenchantée du monde développé se répand.

Ceux qui se rassemblent sur les places publiques dans tout le pays ont un ennemi commun : la démocratie des partis et la classe politique qui l’incarne. Dans les sondages, cette dernière arrive en troisième position, derrière le chômage et l’économie, avant l’immigration et le terrorisme, sur la liste des plus grandes inquiétudes des citoyens. Sur ce point, les populistes de droite comme de gauche entretiennent la même image stéréotypée de l’ennemi. La génération de Twitter et Facebook n’est pas la seule à occuper les places. Sont concernés toutes les tranches d’âge, tous les types de formations. Des individus dont le parcours reflète les multiples difficultés, souvent marqués par l’expérience du chômage de longue durée. Tous méprisent les politiques : ils ne se soucieraient, selon eux, que de la lutte pour le pouvoir – une fin en soi qui ne s’appuie sur aucun projet.

Beaucoup expriment une désillusion personnelle plutôt que l’indignation politique qui est devenue le symbole public de ces manifestations. Faute d’emplois stables, les jeunes repoussent la fondation d’un foyer ; des enfants adultes, après l’échec de leur carrière, reviennent soudain chez leurs parents ; des universitaires de haut rang cherchent vainement des postes rémunérés à plein temps : rien d’étonnant à ce que la démocratie suscite des doutes croissants.

L’Espagne va-t-elle devenir le modèle du nouveau populisme des déçus et des laissés-pour-compte, comme les Pays-Bas, le Danemark et l’Autriche l’ont été pour le populisme des défenseurs des acquis et de la prospérité ? Les porte-parole du mouvement ont l’intention de poursuivre leur action. Mais la poursuivre autrement, de façon coordonnée, organisée, en réseau. La mondialisation par le bas doit se poursuivre. Déjà le dialogue aurait été établi avec des personnes qui partagent ce sentiment d’indignation dans d’autres pays, en Islande, en Grande-Bretagne ou même au Maroc. Nous verrons.

Ces manifestants sont plus que de simples “citoyens en colère” mus par un unique but, que “ça cesse”. Ils pourraient devenir un contrepoids aux antidémocrates de l’extrême droite, hostiles au consensus. Qui, sinon les indignés chers à Stéphane Hessel, pourra éviter que l’on ne glisse définitivement dans la postdémocratie ?

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