Pour vivre heureux, vivons cachés.

L’underground a entrainé le développement du « mainstream ». L’attitude rebelle est souvent agressive, composante caractéristique de la culture pop à ses débuts.

« A toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissance spirituelle dominante.» Marx et Engels (1845)

Dire que la classe dominante aurait le monopole de la production matérielle et des moyens de production intellectuelle serait un leurre et nierait le fait qu’il existe une autre culture, développée par des personnes désireuses, elles aussi, de produire une culture dissidente, loin de la culture de masse que cette même classe dominante nous propose et nous impose.

Origines de la culture pop

Les racines de la culture pop remontent aux années 50 où l’idéologie dominante est l’expression d’une rébellion radicale. La culture pop est un mélange de musiques dont les origines sont puisées dans le Rhythm n’ Blues, le Jazz, le gospel des Noirs opprimés et dans la chanson de charme blanche.

Son objectif principal réside dans le parricide symbolique, l’insurrection contre l’ordre ancien et la lutte pour le changement et l’émancipation. Depuis, la rébellion des jeunes s’est peu à peu transformée ; ceux-ci s’étant fait une place au soleil au sein de la société, il se sont par la suite intégrer dans l’establishment : un processus tout à fait naturel de constant renouvellement d’une société qui permet d’éviter que n’éclosent des conflits trop importants. Dans les années 50, la jeunesse possédait un désir accru de liberté et d’autonomie, désir dénué de toutes préoccupations politiques.

Dans les années 60, l’agressivité de la jeunesse envers les restrictions et la répression organisées par une société qui avait besoin d’être réformée s’exprime à travers les arts et en particulier la musique.

« Les enfants de Marx et de Coca-Cola ne se contentaient plus d’essayer de changer leur propre petit monde ».

La rébellion résulte du fantasme utopique d’amour libre, d’égalité, de liberté et de fraternité assaisonnée d’une pincée de socialisme qui devait s’achever en authentique révolution.

Dans les années 70, la musique disco émerge et avec elle une nouvelle stratégie de résistance. Une minorité (homosexuels et/ou Noirs) tentait par une démarche séparatiste, de construire, dans des garages obscurs, dans les clubs et petits bars, un nouveau monde bien à elle, sans avoir à se déterminer en réaction à un monde extérieur hostile.

« Pour vivre heureux, vivons cachés ?! »

La culture disco impose un univers sonore et euphorique. L’underground disco était underground parce qu’il s’isolait du reste du monde et qu’il était porté par des gens qui se heurtaient partout ailleurs à la discrimination et dont on réprimait les passions.

Comme dans le Rock n’Roll, la Soul ou le Funk, la musique représentait un espace qui se situait en dehors de la société. La différence avec la musique disco provenait du fait que l’esprit rebelle avait disparu au profit de « préoccupations matérielles et esthétiques », telles que soigner son apparence, danser de manière cool et s’éclater, tout en ignorant le monde qui l’entourait en tentant d’en créer un nouveau, subcultures et dancefloors à l’appui.

En 1977, la Grande-Bretagne voit émerger le mouvement punk en même tant que le disco connaît son apogée. Les punks se présentaient comme des combattants d’une guérilla nihiliste qui, plutôt que d’ignorer le monde, entendaient l’anéantir et le plonger dans le chaos. En outre, ce mouvement d’avant-garde culturelle aura marqué le 20ème. Le désir de changer le monde commence « avec le besoin urgent de vivre non pas comme un objet mais comme sujet de l’histoire, de vivre comme si quelque chose dépendait vraiment de notre action… »

Tandis que le punk renvoyait un aspect négatif des choses, la musique disco venait prendre à contre-courant ce mouvement en renvoyant une image positive.

« Rien n’est vrai excepté notre conviction que le monde qu’on nous demande d’accepter est faux. Si rien n’est vrai, alors tout est possible ».

Les adeptes de la musique disco ignoraient la religion et l’Etat (tout comme les adeptes du punk), tout en créant un espace où ils pouvaient être heureux et se définir eux-mêmes sans se sentir rejetés.

Le punk avait fait périr le monde d’une façon symbolique tout en créant un champ libre d’expression afin d’établir quelque chose de nouveau. La culture punk eut une influence évidente dans les beaux-arts, la littérature, le cinéma et le graphisme.

Pour faire de la musique révolutionnaire, est-il nécessaire de révolutionner le langage et la tradition musicale ?

« L’avant-garde est par définition la seule forme artistique qui se refuse à l’exploitation culturelle du système capitaliste ». Simon Frith (1978)

L’ambivalence du punk se situerait entre la rébellion absolue teintée d’un nihilisme cynique. La force de la résistance et la violence de la colère telles qu’envisagées par les punks, furent métamorphosées en énergies positives exploitables par le système : créativité, originalité et insolence.

A cette époque, dans les sphères créatrices de la société capitaliste, la norme était de briser les normes et les clichés.

Après le punk des années 70, arriva la mélancolie de la New Wave des années 80. La musique pop était désormais doublement codée et le jeu complexe de signes, de références, d’allusions et de réflexions se mit en place. Une musique consciente de sa fonction au sein de la société capitaliste et des périls qui pouvaient en surgir. L’émergence d’un nouveau public marqué à gauche et conscient d’apporter une réflexion qui se vouait aux valeurs que sont les mots, l’histoire, la politique et la beauté.

Madonna, symbole de cette culture pop des années 80-90, incarnait parfaitement « la prostituée » du système, en jouant sur les changements incessants d’image, tout en l’exploitant à son propre profit, sans oublier le côté underground des dancefloors. Elle maintenait le contact avec les minorités issues des communautés Noirs et homosexuelles et constituait la figure de proue de nouveaux intellectuels de la critique pop.

L’analogie est faite avec le cinéma des années 50 où des jeunes journalistes, théoriciens, cinéphiles se rassemblèrent, pour passer à la réalisation de films et ainsi créer un mouvement bien connu de tous qu’est la Nouvelle Vague, qui sauva le cinéma de son innocence, de la sclérose et de l’abêtissement de l’académisme.

Cette culture pop n’avait aucunement envie de s’intégrer comme critique du processus de formation de l’opinion publique bourgeoise, mais feint une connivence apparemment sans réserve avec l’exercice du pouvoir ; « car le fait que la merde reste identique à elle-même, donne plus de raison de se réjouir que si elle trouvait l’occasion, dans le dialogue des opposants, de faire croire qu’elle était favorable aux réformes ».

Ces énergies sont directement réinjectées dans l’underground à travers les groupes indies.

Les groupes punks se refusèrent aux conditions de production et de commercialisation imposées par les grandes maisons de disques. Les groupes indies présentèrent au consommateur de musique un large éventail de musiques, des expérimentations électroniques et des sons industriels et conceptuels que l’on retrouve dans le Punk Rock, le Metal et l’EBM, Electro-Body-Music. Les labels indies fournissaient une diversité et une qualité que n’offraient pas les majors.

L’arrivée de nouvelles technologies de production permit un développement de la musique de dancefloor et contribua à donner vie à un courant indépendant.

Au début des années 90, l’underground des dancefloors est devenu l’un des secteurs les plus imortants et les plus lucratifs de la scène indépendante. La conception de l’underground au sein de ce mouvement dancefloor revêt des formes complètement différentes : dans le Hip-Hop, la tradition rebelle de la Soul Music et du Funk, dispersant une idéologie politique ou métaphysique. La scène House noire se situait dans la tradition de la culture disco et insistait sur un strict séparatisme. La House blanche, de l’Acid Music à la Techno, conjuguait l’élan du Punk avec l’attitude positive de la Disco et de la Pop. Le mouvement Acid Jazz se considérait, au contraire, comme l’avant-garde du bon goût et donc avant tout comme une guérilla luttant pour un mode de vie classe et chic.

Celui qui a su unifier et qui continue de le faire à travers la musique qu’il diffuse, moteur puissant et surtout essentiel de cette subculture, reste le DJ.

Le DJ exerçait, exerce et exercera, quoi qu’on en dise, une grande influence sur l’évolution de la musique. Le DJ se doit de maintenir l’underground afin d’apporter une contre-culture différente de ce que l’establishment nous propose.

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