L’image/Temps

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Le clip emprunte avant tout au cinéma : en 1929 déjà , un cinéaste de Moscou Dziga Vertov qui ventait la technique du montage qui’il comparait à une « re/création » artistique du réel. Dans son film « L’homme à la caméra », le montage a un role tout a fait actif : c’est lui qui rythme tout le film.

On retrouvera cette conception organisatrice du montage 50 ans plus tard dans l’art du vidéo-clip.
En 1940, quand Walt Disney crée « Fantasia », il adapte le mouvement et rythme des images sur celui de la musique. 
En 1964, les « scopitones » envahissent les bars en France. Le principe est simple: comme dans un juke-box, on met une pièce, on choisit sa chanson, une bobine de 16 mm se met en place et on voit un film de 3 minutes environ sur le petit écran avec des vedettes.

Dès 1965, l’artiste sud-coréen Nam June Paik ouvrait les voies de l’art vidéo, il qualifiait le nouveau média de « pinceau électronique ». Ses premiers films en vidéo jouaient surtout sur le parasitage du signal vidéo.
En 1977, naît le premier véritable clip: celui de Queen pour sa chanson « Bohemian Rhapsody ». Résultat immédiat, le groupe se retrouve n°1 des Hit Parade du monde entier. C’est alors le départ du clip comme outil de promotion musicale et des artistes comme Rod Steward, les Rolling Stones et les Bee Gees se mettent également à l’utiliser
En 1981 commence l’industrialisation du vidéo-clip. On reconnaît l’influence de la publicité dans l’art du vidéo-clip.

Le montage « cut », haché et percutant est dicté par le rythme de la bande-son.
On voit également très vite l’émergence de nouveaux trucages que le vidéo art avait déjà commencé d’expérimenter avec Nam June Paik et d’autres artistes du groupe FLUXUS. Les clips utilisèrent également des mises en scènes de plus en plus élaborées héritées du rock théâtral. Des groupes Pink Floyd et Emerson furent les premiers à insérer des morceaux de films dans leurs shows en public. Si, au début, le clip était une simple mise en image d’une chanson, il se perfectionna très vite par une multiplication des genres, d’abord les clips empruntèrent des images au cinéma, à la bande dessinée et même aux actualités puis ils utilisèrent de plus en plus d’effets spéciaux  et de trucages suscitant la surprise des téléspectateurs. L’important était alors de miser sur l’impact d’une nouvelle imagerie encore inconnue du public.

 
Le montage d’un clip consiste à mettre bout à bout les différentes séquences qui le composent. Souvent très denses, les images sont les ponctuations visuelles du rythme musical. Non seulement elles se suivent et ne se ressemblent pas, mais le passage d’une image à l’autre est souvent brusque, net, et sans transition. Les différents plans qui composent un clip sont généralement brefs, ils sont donc nombreux.

Un clip dure en moyenne 3 minutes et comporte plus ou moins 50 plans, soit 3 à 4 secondes par plan seulement.
Les manipulations d’images (effets de lumière, mouvements de caméra, transformation de l’image, montage) sont données à voir dans le clip alors que le cinéma occultait ces procédés par souci de « réalisme » et pour ne pas brouiller la trame narrative. Ici, la technologie sert à produire des images et non plus seulement à les reproduire. Les superpositions, incrustations, décompositions et déformations d’images interrogent les rapports de l’image vidéo à la reproduction du réel : l’image existe pour elle-même. 

Le Son contre l’Image ? 
Le cinéma classique utilisait la musique pour situer un décor, une ambiance. C’est l' »esthétique de la décalcomanie » (à scène gaie, musique gaie; à scène triste, musique triste).  Dans le vidéo clip, la musique impose aux images sa Temporalité (mouvement, vitesse de défilement, temps d’apparition, etc.), son rapport au contenu (narratif, syncopé, ambiance).

Le son contre l’image ?  Certains artistes remarquent dans le rapport image/son le risque d’assujettissement de l’image au son. Gilles Deleuze écrivait dans  » : [L]e visuel et le sonore ne reconstituent pas un tout, mais entrent dans un rapport irrationnel suivant deux trajectoires dissymétriques. L’image audio-visuelle n’est pas un tout, c’est une fusion de la déchirure Dans « La Vérité des images » de Win Wenders, une conversation avec Jean Luc Godard est transcrite : « Assis à la table de montage, dit Godard, je commence par visionner les images sans le son. Puis je fais passer le son sans les images. C’est seulement ensuite que je mets les deux ensembles comme ils ont été tournés. J’ai parfois le sentiment que quelque chose ne va pas dans une scène – peut-être irait-elle avec un autre son. Alors je remplace un dialogue par des aboiements, par exemple. Ou j’essaye avec une sonate ». 
L’art du clip est devenu un des porte-paroles d’une interrogation sur le langage vidéo dont s’inspire la vidéo d’art (joseph Kupul, Mirrorman, Sukaoff,…..) mais aussi le cinéma.

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